Allocution d’Emmanuel Macron : tout ça pour ça ?

L’exécutif tremble : il n’aura pas la même liberté que lors du premier quinquennat sans cette majorité absolue au sein de la chambre basse du Parlement.

Coup de tonnerre ce dimanche 19 juin 2022 : le parti « Ensemble ! », composé principalement de Renaissance (ex-LREM) et du MoDem, n’obtient pas de majorité absolue. Sur le 577 députés élus, « seulement » 245 seront du côté de l’exécutif, sur les 289 sièges nécessaires pour la majorité absolue. La conception jupitérienne du président est donc mise à rude épreuve. L’Assemblée nationale va passer de chambre d’enregistrement, à son rôle initialement prévu : faire voter les lois au nom du Peuple.

Que dit la Constitution ?

Pour Michel Debré, le Président de la République est la « clef de voûte » des institutions, il en est l’arbitre selon l’article 5 de la Constitution. Il doit garantir le bon fonctionnement de tous les organes politiques, et donc de l’Assemblée nationale.

Quand Emmanuel Macron fait une allocution télévisée pour évoquer une crise politique, suite à l’élection d’une assemblée divisée en trois grands blocs, il nie donc le principe même de la démocratie : élire une chambre représentative politiquement parlant du peuple pour voter les textes. Macron a pu profiter d’une assemblée ayant davantage le rôle de chambre d’enregistrement, les faux-débats aboutissant systématiquement à l’adoption du texte suite au fait majoritaire. Mais face aux résultats des nouvelles élections, le président jupitérien a dû redescendre sur Terre.

L’article 24 de la Constitution précise le rôle initial de l’Assemblée nationale : voter les lois et contrôler l’action du gouvernement. C’est pourquoi l’exécutif tremble : il n’aura pas la même liberté que lors du premier quinquennat sans cette majorité absolue au sein de la chambre basse du Parlement.

Un programme illégitime

A l’issue de ces élections, un message clair des Français a été envoyé à Emmanuel Macron : ils ne veulent pas de son programme.

Le vote des législatives n’a fait que confirmer la position du Président : celui d’un candidat-barrage, davantage élu par défaut plutôt que par adhésion à un programme. Lui-même ne s’en cache pas. Combien de fois, durant la campagne présidentielle et législative, s’est-il décrit comme le seul candidat républicain ? Le barrage pour la démocratie ? Cette stratégie connaît ses limites : d’une part elle ne marche pas deux fois de suite, le dimanche 24 juin en est la preuve, et d’autre elle écarte tout le débat portant sur les programmes. Macron n’a pas fait campagne sur son programme mais sur sa personne. Par conséquent, il n’a donc pas été élu sur son programme, qui est beaucoup moins bien connu du peuple que celui des autres partis.

La retraite à 65 ans a été fortement rejetée, tout comme l’europhilie : ce n’est pas un hasard si les deux grandes forces d’oppositions sont la NUPES et le RN, prônant toute deux des idées inverses au mondialisme macronien. Et c’est exactement ce qu’avait notamment Debré en tête lors de la rédaction de la Constitution : un exécutif et un législatif aux pouvoirs complémentaires (pouvant avoir des répercussions sur l’autre), mais où la voix de l’opposition conserve une certaine influence. Cette même influence va devenir relative au fil du temps avec la pratique et la présidentialisation de la 5e République.

Macron explique dans cette allocution vouloir conserver son programme, on peut même dire l’imposer, sans concessions. Peu importe les résultats de législatives, il use de son score au second tour de l’élection présidentielle pour justifier cette décision. Mais pour ce quinquennat, le degré véritable d’adhésion à un programme de la part des électeurs s’est porté sur les législatives, avec le résultat que l’on connaît : une majorité faible pour le président et des oppositions puissantes.

Mais comment appliquer un programme si on n’a pas les députés nécessaires pour en voter les textes ?

Élargir le programme, solution pour l’exécutif ?

Dès lors il va falloir, pour la coalition « Ensemble ! » trouver des députés d’opposition pour voter les textes. L’idée d’un gouvernement d’union nationale a été évoqué et rejeté par tous les autres partis. Pourquoi s’associer avec la majorité présidentielle quand cette dernière vous a présenté comme un mouvement contraire aux valeurs nationales ?

La solution serait de trouver une majorité absolue qui sera fluide selon les sujets. Sur les questions écologique et sociétale par exemple, la majorité présidentielle va devoir trouver un terrain d’entente avec la NUPES : recevoir ses propositions de loi, accepter ses amendements.

En somme, il va falloir qu’Emmanuel Macron construise un programme plus large. Il ne peut plus rester concentré sur ses domaines de prédilections (l’économie et l’Europe). Dorénavant il va devoir inclure la question des campagnes françaises, des familles en difficultés, de l’identité française…

Le gouvernement en place devra donc faire des sacrifices, mais il faut savoir respecter les règles de la démocratie. Il va falloir opérer un réel de changement dans la manière de gouverner, qui va contraster avec la tendance de la présidentialisation du régime.

À la fin de cette allocution, une seule phrase vient en tête : « tout ça pour ça » ? Un président expliquant ce que tous savaient déjà. Une Assemblée fractionnée, qui va devoir quitter son rôle de chambre d’enregistrement pour donner de vrais débats et retrouver sa fonction initialement prévue par la Constitution de 1958. Un travail de coopération va être demandé pour les trois principaux groupes, qui devront intelligemment voter ou non, les textes des autres.

Mais cette fraction de l’Assemblée nationale peut également s’avéré être une aubaine : aucun ne peut imposer ses idées. Ainsi nous aurons peut-être la chance d’assister à une évolution des partis : la gauche ne pourra plus esquiver les questions d’insécurité, tandis que la droite va devoir prendre au sérieux toutes les questions climatiques. Ainsi on ne peut qu’espérer une entente sur les sujets clés, qui pourrait permettre au pays d’évoluer et de renouer avec sa souveraineté.

Par Nans

[EXTRAIT] L’exécutif tremble : il n’aura pas la même liberté que lors du premier quinquennat sans cette majorité absolue au sein de la chambre basse du Parlement.

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