Comparer les pays européens qui accueillent le moins de migrants suppose de choisir un indicateur. Le nombre brut de titres de séjour délivrés, le taux d’immigration rapporté à la population et les demandes d’asile enregistrées ne désignent pas les mêmes États. Cette distinction conditionne toute lecture fiable des données disponibles.
Taux d’immigration et nombre absolu : deux classements différents
Un pays peut figurer parmi les plus faibles en volume d’arrivées tout en affichant un taux rapporté à sa population plus élevé que prévu. La France, par exemple, compte une population immigrée importante en volume en raison de sa démographie globale, mais son taux d’immigration rapporté à la population reste modéré comparé à d’autres États ouest-européens.
Pour mieux cerner les données, plusieurs approches coexistent. Il est utile de comprendre l’immigration et la crise migratoire en Europe à travers ces différents prismes avant de comparer les États membres.
Les pays d’Europe centrale et orientale, eux, cumulent généralement un faible volume et un faible taux. Leur position géographique, leur marché du travail et leurs politiques migratoires contribuent à ces écarts.
Pays européens avec les taux d’immigration les plus faibles : tableau comparatif
Le tableau ci-dessous regroupe les États membres régulièrement identifiés comme accueillant peu de migrants, selon les données Eurostat et les analyses comparatives disponibles. Les valeurs exactes varient d’une année à l’autre, mais la hiérarchie reste stable.
| Pays | Profil migratoire | Facteur explicatif principal |
|---|---|---|
| Roumanie | Pays d’émigration nette | Marché du travail peu attractif pour les non-européens |
| Bulgarie | Très faible stock d’étrangers | Salaires parmi les plus bas de l’UE |
| Slovaquie | Peu de demandes d’asile | Politique d’accueil restrictive, pas de façade maritime |
| Hongrie | Faible taux d’étrangers résidents | Politique migratoire durcie depuis 2015 |
| Pologne | Faible immigration extra-européenne historique | Accueil massif d’Ukrainiens modifie le profil récent |
| Lituanie | Émigration supérieure à l’immigration | Petite économie, diaspora importante à l’étranger |
| Croatie | Solde migratoire longtemps négatif | Adhésion récente à l’UE, économie en rattrapage |

Ce tableau montre que les pays baltes, le groupe de Visegrád et les Balkans occidentaux concentrent les taux les plus bas. La plupart sont eux-mêmes des pays d’émigration : leurs ressortissants partent travailler en Europe de l’Ouest.
Pourquoi certains États membres reçoivent si peu de migrants extra-européens
Trois mécanismes se combinent pour expliquer ces écarts persistants entre l’ouest et l’est du continent.
- Le niveau de salaire moyen reste le premier filtre. Un travailleur migrant choisit rarement la Bulgarie ou la Roumanie quand l’Allemagne ou l’Espagne offrent des rémunérations plusieurs fois supérieures et des réseaux diasporiques déjà établis.
- L’absence de langue coloniale limite les liens historiques avec les régions d’origine des flux migratoires. La France, le Royaume-Uni ou le Portugal attirent des migrants de leurs anciennes zones d’influence. La Slovaquie ou la Hongrie n’ont pas cet héritage.
- Les politiques migratoires volontairement restrictives jouent un rôle complémentaire. La Hongrie a durci ses procédures d’asile et réduit ses capacités d’accueil à partir de 2015.
L’attractivité économique pèse davantage que la politique migratoire dans la majorité des cas. Les pays qui reçoivent peu de migrants n’ont souvent pas besoin de dispositifs dissuasifs : les candidats à l’installation se dirigent spontanément vers d’autres destinations.
Le cas polonais : un basculement récent
La Pologne illustre la fragilité de ces classements. Historiquement comptée parmi les pays accueillant peu de migrants, elle a vu son profil se transformer avec l’arrivée massive de déplacés ukrainiens sous protection temporaire. La protection temporaire modifie la comparaison entre pays de façon significative, comme le montrent les données Eurostat relayées par The Brussels Times en octobre 2026.
Ce statut n’apparaît pas toujours dans les statistiques classiques d’immigration. Un pays peut donc sembler peu accueillant dans les chiffres de titres de séjour tout en hébergeant un nombre considérable de personnes protégées.
Stock d’étrangers résidents versus flux annuels : une confusion fréquente
Les comparaisons publiques mélangent souvent deux notions. Le stock désigne le nombre total de personnes de nationalité étrangère résidant dans un pays à une date donnée. Le flux mesure les entrées sur une période, généralement une année.
Les pays d’Europe centrale et orientale mentionnés plus haut se trouvent très en dessous de la moyenne européenne, parfois sous les 2 % d’étrangers résidents.
Un flux annuel faible ne signifie pas non plus que la population étrangère diminue. Les naturalisations, les naissances et les départs modifient le stock indépendamment des nouvelles arrivées. Comparer les pays exige de préciser si l’on parle de flux, de stock ou de demandes d’asile.
Les demandes d’asile, quant à elles, ne représentent qu’une composante de l’immigration globale. L’Espagne délivre un grand nombre de titres de séjour pour motif professionnel, ce qui la place haut dans les classements d’accueil total. Un classement fondé uniquement sur l’asile donnerait une image très différente de la répartition réelle entre États membres.
La réponse à la question initiale dépend donc entièrement de l’indicateur retenu. Par le stock d’étrangers résidents et par le taux d’immigration rapporté à la population, la Roumanie, la Bulgarie, la Slovaquie et les pays baltes figurent systématiquement en bas des classements européens. Cette constante reflète moins un choix politique qu’une réalité économique et géographique qui oriente les flux bien avant qu’ils n’atteignent une frontière.



