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Objet : Lettre ouverte : Mise en retrait du Parti Socialiste par Philippe Dorthe

Cher Camarade 1er Secrétaire National

Cher Camarade 1er  Secrétaire fédéral

Cher.e.s Camarades

Après des semaines de réflexion, suite à l’évolution incohérente du Parti Socialiste de ces 10 dernières années, qui s’est précipitée ces 5 dernières années depuis le congrès d’Aubervilliers, j’ai décidé de suspendre mes cotisations et de me mettre en retrait de mon parti politique dans lequel je milite sans interruption depuis l’âge de 21 ans, il y a maintenant 45 ans.

2012 fut certainement la date fatidique de l’amorce de la chute du Parti Socialiste, après le départ de François Hollande, le dernier des grands « premiers secrétaires ».

S’est enchaînée par la suite une valse de cadres tous issus des mêmes parcours comme le syndicalisme étudiant, les études à Sciences po ou l’ENA pour les plus doués. Quand on ajoute à cela les trahisons de Valls, Le Drian, Colomb, etc.… j’ai bien compris que seuls primaient les intérêts personnels qui ont accéléré la dégringolade de ce grand parti. Un parti qui a pourtant dans son histoire tant apporté au peuple de France

Vous imaginez bien le déchirement qui est le mien. Ces longues heures d’introspection m’ont rapproché de l’esprit de mon père et de mon oncle adhérents de la SFIO et du PS depuis Epinay. Je sais qu’ils m’auraient soutenu dans ma décision.

Le ralliement a LFI a marqué un point final à mon hésitation.

Si sur quelques points les propositions de Jean-Luc Mélenchon sont partageables, pour moi il n’en est pas de même sur le fond de sa doctrine. Je ne vais pas énumérer ici dans une liste à la Prévert ce qui à mon sens n’est pas négociable. Simplement : L’Europe, l’OTAN, son manque d’insoumission à certains dictateurs, sa vision sur l’indigénisme, etc.

Pour illustrer ce fond doctrinaire, il suffit d’écouter le discours du tribun Mélenchon prononcé en octobre 2012 à l’occasion de l’élection de Chavez au Venezuela pour comprendre la personnalité du Président de LFI. Il nous explique avec talent comment transformer un peuple révolté en peuple révolutionnaire. Cette brillante démonstration fut pour moi glaçante.

Il me conforta dans l’idée que chaque révolution engendrait sa contre révolution, démarrage d’une sorte de mouvement perpétuel dont la victime récurrente est toujours le peuple.

L’insoumission appelle l’insoumission. Sur ce sujet l’Histoire a souvent parlé. Au cours des siècles « l’insoumis » arrivé au pouvoir a toujours éradiqué par des pratiques peu démocratiques les « insoumis » voulant prendre le pouvoir… Un insoumis a horreur des insoumis à sa cause,  il en va ainsi de la nature humaine.

Une séquence qui m’a également ouvert les yeux sur la vraie nature du personnage fut quand il montra sa défaillance émotionnelle, en agressant des fonctionnaires de Police venus perquisitionner chez lui où sans retenue il lançait des « La République, c’est moi ». Ce moment en a dit long sur la partie immergée de l’iceberg de cet homme politique.

Cependant j’ai beaucoup de respect pour les militants de LFI. Au moins ils sont clairs dans leur conviction dogmatique et ont confiance en leur chef, maître de l’incarnation de la doctrine.

Le plus terrible dans cet accord et qui pose question ce sont les positions mouvantes de la direction nationale du Parti Socialiste et de sa déclinaison locale. Coller à un élan populaire n’est pas un acte politique, c’est une soumission. Si François Mitterrand en avait fait de même jamais la peine de mort n’aurait été abolie, à l’époque 60% du peuple était contre.

Cependant je suis admiratif face à la souplesse de mes camarades, qui en très peu de temps, sont passés de Benoît Hamon à Olivier Faure, puis se sont effacés derrière Glucksmann aux Européennes, pour ensuite tenter un effacement derrière Jadot, pour en fin de compte présenter aux présidentielles une candidate mal préparée, qui nous demandera de voter Macron pour faire barrage au RN et au final venir échouer dans un accord avec LFI… quel parcours.

Bravo, moi je n’ai pas cette souplesse, j’ai certainement les adducteurs trop rigides.

Je ne juge personne, chacun dans son for intérieur jugera de sa propre position et au bout du compte c’est l’Histoire qui aura le dernier mot.

Certainement que l’instinct de la survie personnelle  de quelques uns coûtera très cher à notre parti et à nos idéaux.

Mais en fin de compte, un parti, une fédération, un mouvement ne sont que des contenants. Aujourd’hui le contenant socialiste est bien mal en point et son contenu, par manque d’idées et de travail est déjà bien éventé.

Le contenu c’est sa doctrine ! Sa compréhension passe par son récit ! Son vecteur, c’est son incarnation ! Son programme est son arme ! Sa réussite, le pouvoir pour application.

Je n’ai pas vu cela pendant ces cinq dernières années. J’ai plutôt remarqué des petits combats d’appareil, une volonté farouche pour se dissoudre comme un cachet effervescent derrière les autres. J’ai remarqué une incapacité de remise en question toujours justifiée par les mêmes explications incriminant le bilan du quinquennat Hollande, répétées à l’infini comme un disque rayé. Puis après cette litanie le vide sidéral.

Le socialisme c’est une vision, une pensée, une histoire…  Et quand le parti ne représente plus cette histoire car occupé à autre chose et que ses responsables ne sont plus capables d’écrire le chapitre suivant, il faut prendre des mesures courageuses pour mettre en œuvre une refondation efficace au service du peuple français.

Ma décision n’est mue par aucun esprit d’aventure personnelle.

À 66 ans je n’aspire pas à un quelconque poste électif. Pendant 26 ans de ma vie, comme conseiller municipal, puis régional et départemental, j’ai, pour mon parti et mes concitoyens, donné le meilleur de moi-même.

Pendant 33 ans, comme conseiller national, fédéral, secrétaire de section et membre du Bureau National, j’ai défendu les positions politiques des courants auxquels j’ai appartenu avec énergie et opiniâtreté mais dans un souci de placer l’amitié au-dessus du reste. Nous sommes loin de cela aujourd’hui quand on regarde les réseaux sociaux.

La seule chose qu’il me reste à donner, c’est du temps pour, avec d’autres, attaquer le chantier de la refondation et répandre le terreau pour les jeunes pousses socialistes de demain.

Il faudra redonner du temps au temps pour défricher cette longue route certainement semée d’embûches.

Le socialisme français mérite mieux que de sauver quelques meubles. Quel piètre spectacle !

Le socialisme français a tant donné à la France et au français depuis Jean Jaurès, Léon Blum, François Mitterrand, et jusqu’à aujourd’hui. Il donne encore beaucoup dans les territoires avec ses maires, conseillers départementaux et régionaux…

Je m’éloigne donc de ce compagnon qui a perdu sa mémoire et sa boussole et qui en quelque sorte nous a déjà quittés.

Modestement, avec d’autres camarades nous allons bâtir ailleurs en pensant à nos grands aînés qui longtemps ont montré la voie aujourd’hui perdue par des héritiers manquant de hauteur.

Je termine cette lettre encore avec l’esprit de mon  père qui me disait souvent : « Mieux vaut être un Socrate malheureux qu’un pourceau satisfait ». Malheureux, je le suis ! Il me disait également : « Mieux vaut mourir debout que de vivre à genoux ». Je n’ai jamais eu le goût  pour la génuflexion. Alors ailleurs je mourrai peut-être, sans doute même… mais debout !

Philippe Dorthe

Par Souverains Demain !

[EXTRAIT] Objet : Lettre ouverte : Mise en retrait du Parti Socialiste par Philippe Dorthe

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